Architecture balnéaire

UNE STATION EMBLÉMATIQUE : ROYAN

La principale ville de la Côte de Beauté se développe au début du XIX°s, après la chute du Premier Empire avec le retour en France des immigrés réfugiés en Angleterre où la mode des bains de mer et des premières thérapies par l’eau de mer a vu le jour début XVIII°. Les premiers estivants sont des bordelais venus par gabarres à voile et très vite par bateaux à vapeur ; en 1875 Royan est raccordée par chemin de fer à Paris et Bordeaux.
Dès 1825, apparaissent les premières cabines de bains roulantes sur la Grande Conche ; après une tentative échouée en 1834, un premier Casino s’établit sur la Conche de Foncillon en 1843, concurrencé en1885 par le splendide Palais de Foncillon ; pour recentrer l'activité en 1895 est construit le casino municipal sur la Grande Conche voir le tableau de A Gué.  [Le casino actuel se trouve sur la plage de Pontaillac sur la base du Sporting créé en 1930, alors que le bâtiment construit en 1960 par A. Ferret a été démoli en 1985].
Les villas vont se développer en plusieurs étapes : au début du II° Empire, le banquier bordelais Lacaze crée un lotissement à Pontaillac (1852) puis l’Hôtel du Golf (1856). La carte Dagail de 1877 rend compte de cette occupation entre la Grande Conche et Foncillon tandis que la conche de Pontaillac commence déjà à être occupée.

Hôtel du Golf 1856 all

Hotel du Golf ; le bâtiment initial est la partie gauche dont le second étage est postérieur

Royan plan Teulère 1789

Plan de Teulère 1789. Cordon dunaire de la Grande conche, vignes sur Vallières et la conche de Pontaillac

Royan plan Delmas 1860

Plan Delmas 1860

Espérance 1890 1 all

Espérance 1890

Les Campaniles 1890 3 all

Les Campaniles 1890

Kosiki 1886 1 all

Kosiki 1886

 

 

Une seconde phase, essentielle, va de la fin XIX° et couvre la Belle Epoque (1880-1914). Alors que nombre de villas en 1880 se trouvent encore sur la Grande Conche,  le maire (Marie Frédéric Garnier) fait construire un tramway à vapeur (1890) permettant le développement de villas dans le quartier du Parc à Royan mais aussi vers Pontaillac et au-dela vers Saint Palais et la Grande Côte à l’ouest. Saint Georges de Didonne à l’est est touché au même moment.
Les propriétaires sont fortunés le plus souvent, venant de Bordeaux, Angoulême ou Paris, il s'agi tpour eux de paraître dans une frénétique compétition usant des possibilités de la mode du moment : l'éclectisme architectural dans lequel la part du néogothique est importante.

Royan Grandeconche A Gué 1880

La Grande Conche par A. Gué, vers 1910. Sur la plage, le plus grand Casino d'Europe (1895)

L'Art Nouveau, précisément parce qu'il s'éloigne des standards bien établis n'est pas bien représenté en dehors de céramiques soignées (villa Gabrielle par exemple) prenant la forme de frises près de la toiture.
Une originalité témoigne de la fascination pour l'Extrême Orient : la villa Kosiki tandis que sa presque voisine, plus classique, a pour nom "La Mousson"

Saint Cloud 1895 all

Saint Cloud 1895

Villa Gabrielle 1890 2 all

Villa Gabrielle 1890

1,4 € 2 all

Villa néo gothique, vers 1890, nom inconnu.

Royan plan Delmas 1900

Plan Delmas vers 1900

 

Durant les Années Folles (1920-30) avec les transports individuels, les villas s’éloignent du centre. Nombre de célébrités ont séjourné alors à Royan : Emile Zola dès 1886 dans la villa de son éditeur, Pablo Picasso en 1939-40 voir le tableau « le café des bains », Saint Saëns, Alphonse Daudet, Sacha Guitry évidemment…

Royan plan Delmas 1939

Plan Delmas 1939

Royan Front de mer 2

Front de mer

Royan marché 1

Marché en voile béton

Claustra 2

Claustra sur le front de mer

 

 

La guerre va bouleverser la ville organisée en "poche" défensive par les Allemands qui veulent contrôler l'estuaire de la Gironde. Deux vagues de bombardement en janvier puis mi-avril 1945 raseront tout le centre ville ; le quartier du Parc ne sera pratiquement pas touché. Mais autour du port et juste au Nord, il faut tout reconstruire. Dès 1945 l'architecte Claude Ferret est nommé urbaniste en chef. Nous ne sommes pas là à proprement parler dans de l'architecture balnéaire, cependant quelques éléments méritent d'être signalés. La conception du Front de mer dont les bâtiments à 2 étages avec arcades et commerces sur 600mne ne peut se comprendre sans référence aux loisirs, à la promenade, au tourisme ; il en va de même de l'utilisation des brise-vues, des claustras.
Une architecture moderne, avant-gardiste produit certaines réalisations spectaculaires en béton. En 1955 : le marché central s’installe sous un voile de béton circulaire semblable à une corolle ou un coquillage ; l’église Notre Dame est une réussite : piliers en V, couverture en voile mince de béton brut.

Royan eglise 1

Église de Royan

Claustra front mer

Claustra front mer

La fonction balnéaire retrouve au moins en partie son lustre : dans les espaces interstitiels, entre les villas de la fin XIX° ou du début du XX°s sur la Grande Conche et dans le quartier du Parc des villas modernes sont construites. Elles témoignent de la vigueur et de l’originalité architecturale du moment. Ainsi les travaux de Le Corbusier ont clairement influencé l'architecte Bonnefoy  pour la villa « Ombre blanche ». Les contre pentes, les plans inclinés, l'utilisation de couleurs vives (jaune, bleu surtout) montrent aussi l'influence de architectes brésiliens O Niemeyer ou L Costa. Exemples : la villa "Boomerang" ou la Perrinière dont la couleur, très réussie, n'est cependant pas d'origine.

Claustra 3

Hélianthe 1953

Ombre Blanche 1958 2

Ombre blanche 1958

Mariate 1955 2 all

Mariate 1955

Villa La Rafale dite Boomerang 1955

Villa La Rafale dite "Boomerang" 1955

La Perrinière 1955 2 all.JPG

La Perrinière 1955

Villa Labit 2004 2 all

Villa Labit 2004

Quelques centres secondaires méritent cependant un coup d’œil averti :

FOURAS : la plus ancienne villa date de 1866. Mais son essor se fait entre 1880 et 1890 avec l’arrivée des « trains de plaisir » : création de nouvelles rues, de l’église, la mairie, le casino, les promenades. Les villas sont d’inspiration exotique, anglo-saxonne ; recherche des couleurs, de la polychromie, de nombreux matériaux différents : ce sont des « folies balnéaires »

CHATELAILLON : la station se développe avec la gare (1873) et les billets « des bains de mer » (prix réduits à partir de Paris, Poitiers et La Rochelle), c’est la plage des poitevins. Création d’une digue (1894) et d’une plage artificielle + 1 casino dans la partie centrale du Front de mer (1893) + 1 hippodrome et 1 centre d’hydrothérapie (ancêtre des actuelles thalassothérapies), tout comme à Royan. En 1900 on a à peu près 1500 villas sur la côte, en front de mer.

SAINT TROJAN LES BAINS : dans l’île d’Oléron, face à Ronce les bains : c’est la dernière station créée dans la région, en 1898 elle devient Saint Trojan « les bains » faisant suite à la reconstruction de la ville et de l’église sur un cordon dunaire dans la forêt car l’ancien village avait été envahi par les sables aux XVII°-XVIII° siècles.
Le tourisme balnéaire se développe là encore en front de mer essentiellement grâce à la volonté d’utiliser l’air marin dans les traitements de diverses affections. En 1894, c’est la création d’un Centre Hélio-marin ou Sanatorium, sous l’impulsion du Docteur Pineau (médecin et archéologue du Château d’Oléron qui habitait au 22 rue La Fayette) pour les enfants rachitiques et scrofuleux (25000 en 50 ans). Puis construction du Centre de Lannelongue ou Préventorium en 1922 (enfants présentant une primo-infection tuberculeuse). Enfin, Aérium de Monplaisir en 1924 pour des cures d’air et de soleil (isolement à la suite de contacts avec des tuberculeux). Actuellement l’activité est prolongée par la Thalassothérapie créée en 1972 sur la plage de Gatseau (soins + remise en forme).
A la fin XIX°s, c’est une station plutôt huppée avec ses villas d’inspiration régionaliste ou néo-gothique. Les mimosas introduits en 1892 sont présents dans chaque jardin et donnent lieu aujourd’hui à la célèbre fête des mimosas en février.