Architecture militaire

UN RÉSEAU DE FORTIFICATIONS POUR LA DÉFENSE DE ROCHEFORT MAIS PAS QUE…

Un système de défense se construit du XVII° au XIX°s par modifications, renforcement de fortifications existantes ; le nom de Vauban (fin du XVII°s) est souvent accolé à ces fortifications basses en murs de terre ayant reçu un parement de pierre à l’extérieur. En réalité l’enceinte bastionnée a été inventée au XVI° siècle pour faire face aux progrès de l’artillerie et ne cessera de se complexifier pour continuer à faire face aux progrès de la science militaire. C’est en ce sens que la marque de Vauban doit être comprise, d’autant que la France a été en guerre plus de la moitié des 54 ans du règne de Louis XIV. S’il n’est pas le découvreur de l’enceinte bastionnée, il perfectionna, raffina ce système de défense en ayant un sens aigu des possibilités du relief, de l’espace à protéger.
Le formidable en semble de forts, réduits, citadelles bordant le coureau et les pertuis obéit à deux logiques distinctes mais convergentes.
- certaines fortifications ont une stricte fonction militaire, navale pour être précis : il s’agit de protéger la rade d’Aix-Oléron, sanctuaire de la flotte de guerre.
- dans d’autres cas, sans exclure la fonction militaire, c’est la dimension contrôle d’un espace, d’une île qui est recherché ; l’aspect symbolique est alors essentiel, les règles d’urbanisme ayant déterminé l’aspect des villes accolées ou incluses dans les fortifications participant à cette dimension symbolique. Le pouvoir marque son emprise sur l’espace concerné.

Enceinte bastionnée 2

Enceinte bastionnée : schéma de base

Carte forts rade Oléron-AixJPG

Le coureau d'Oléron et la rade Aix-Oléron

Évolution de l'enceinte bastionnée à l'italienne avec redoutes et ouvrages à cornes

LES CITADELLES
Ce sont des places majeures puissamment armées et disposant d’une garnison de plusieurs centaine à plusieurs milliers d’hommes. Conçues pour résister à un siège, elles contrôlent un pays ; ainsi en est-il du Château d’Oléron et de Saint Martin de Ré. Brouage et Rochefort ont été fortifiées en raison d’enjeux économiques et stratégiques majeurs.

Citadelle du Château d’Oléron (1630-1704).

C’est une réalisation guidée par le double souci politique et militaire. En effet, si l’île était passée sous contrôle anglais du fait du mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1152, les anglais avaient abandonné Oléron en 1372. Par contre au XVI° siècle, lors du développement de la Réforme, l’île devint largement protestante, tout comme l’Aunis et sa ville principale : La Rochelle ainsi que la presqu’île d’Arvert. Les combats entre catholiques et protestants furent violents car l’île est considérée comme une place stratégique essentielle. Pour éviter qu’un retour des Anglais puisse s’appuyer sur une structure militaire, Richelieu fait raser l’ancien château d’Aliénor en 1625. Dès lors, Buckingham appelé par les rochelais pour tenter de briser le siège (1627-1628) ne pourra débarquer et s’en tiendra à l’île de Ré sans d’ailleurs pouvoir s’y maintenir longtemps (juillet-novembre 1627). Dès 1630 au lendemain du siège de La Rochelle une place forte est édifiée sur ordre de Richelieu à peu de distance de l’ancien château d’Aliénor. Pierre d’Argencourt conçoit un ouvrage bastionné, les 2 bastions étant tournés vers la ville. Colbert fait ensuite ajouter un front bastionné sur la mer de valeur militaire peu évidente mais contribuant si nettement à la majesté de l’ensemble que l’on ne peut s’empêcher de penser au pouvoir symbolique derrière l’ostentation. Enfin, après 1685, Vauban décide la construction de deux ouvrages à corne : l’un vers la ville, l’autre vers le marais.

Citadelle avec noms des composantes

Éléments constitutifs d'une citadelle

Le Château plan de Claude Masse 1712

L’enceinte bastionnée de la ville, tout aussi fondamentale pour affirmer la mainmise du pouvoir royal est construite à partir de 1699 tandis que la ville est totalement redessinée. En 1704, le glacis est établi, la forme actuelle de la ville est fixée, la nouvelle église est construite.
1740, un nouveau port est creusé (c’est le port actuel) juste sous les remparts, l’ancien port sur la grève au pied des remparts de la ville (entre la citadelle et la plage) est abandonné.
Au XIX°, l’importance militaire décline vite, portée des canons, tonnage des navires de guerre, perte de l’importance économique de la région changent la donne. La citadelle devient prison sous la Révolution mais aussi à l’encontre des fédérés à la suite de la Commune de Paris en 1871 ; enfin des prisonniers de guerre allemands y sont détenus lors de la première guerre mondiale. Dès juin 1940 elle est occupée par les troupes allemandes qui installent des défenses aériennes. Ces équipements vaudront d’ailleurs à la citadelle d’intenses bombardements en avril 1945 lors de la libération de l’île. Ces bombardements inutiles ont considérablement endommagé un bâti, aujourd’hui propriété communale, qui graduellement retrouve son lustre.

Chateau prisonniers allemands 1

Prisonniers allemands durant la première guerre mondiale

Chapus fort louvois bombardé par allemends bombarde

Fort Louvois bombardé durant la seconde guerre mondiale à partir du Château

Citadelle de Saint Martin de Ré

Cet ensemble nous concerne un peu moins, il est déjà éloigné d’Oléron, pourtant stratégiquement et culturellement, les deux îles sont liées. Outre l’unité géographique : unité spatiale, unité paysagère, unité géologique et hydrodynamique, ces deux îles appartiennent à la même sphère culturelle. Tournées vers le commerce et plus précisément vers l’exportation lointaine, Oléron et Ré furent disputées de la même façon entre le royaume de France et l’Angleterre ; elles furent toutes les deux terres protestantes avant de devenir lieu d’attente avant le départ vers les terres d’exil et d’exclusion pour les « renégats » de l’Etat français.
Avant de devenir terres de misère aussi, isolats difficilement maintenus à flot par le Roi cognac qu’elles peuvent brûler sans oser s’enorgueillir de ces « bois ordinaires » qui pourtant « sortent » des alcools jeunes si aromatiques. Isolats avant de s’ouvrir brutalement à un tourisme regardé comme étrange voire étranger mais si facile, si éblouissant et si difficile à maîtriser.

Ré plan citadelle et ville

Plan XVIII° de la citadelle et de la ville

St Martin vue aérienne

Au premier plan à droite la citadelle devenue centrale pénitentiaire

Citadelle de Saint Martin de Ré

Cet ensemble nous concerne un peu moins, il est déjà éloigné d’Oléron, pourtant stratégiquement et culturellement, les deux îles sont liées. Outre l’unité géographique : unité spatiale, unité paysagère, unité géologique et hydrodynamique, ces deux îles appartiennent à la même sphère culturelle. Tournées vers le commerce et plus précisément vers l’exportation lointaine, Oléron et Ré furent disputées de la même façon entre le royaume de France et l’Angleterre ; elles furent toutes les deux terres protestantes avant de devenir lieu d’attente avant le départ vers les terres d’exil et d’exclusion pour les « renégats » de l’Etat français.
Avant de devenir terres de misère aussi, isolats difficilement maintenus à flot par le Roi cognac qu’elles peuvent brûler sans oser s’enorgueillir de ces « bois ordinaires » qui pourtant « sortent » des alcools jeunes si aromatiques. Isolats avant de s’ouvrir brutalement à un tourisme regardé comme étrange voire étranger mais si facile, si éblouissant et si difficile à maîtriser.

Ville forte de Brouage

Brouage est construite au milieu des marais : une superbe enceinte bastionnée émerge d’un paysage horizontal partagé entre eau immobile et terres à peine émergées. Cette incongruité ne peut se comprendre sans deux facteurs déterminants :
- ces marais sont le résultat du comblement rapide du golfe des Santons sous l’action de la saliculture
- l’existence de structures suffisamment solides pour organiser ce commerce du sel
En effet, récolter le sel suppose de faire circuler très lentement de l’eau de mer dans un réseau complexe de bassins pour que l’évaporation concentre graduellement la saumure et que le sel cristallise. Mais circulation ralentie veut dire aussi dépôt des sables fins, des vases donc colmatage rapide des fonds de baie.
Il faut aussi organiser un commerce dépassant largement l’échelle régionale ; ce fut le rôle de la seigneurie de Broue (située tout au fond du golfe) ainsi que des moines de l'église Saint Hilaire. L’exportation devenant impossible à partir de Broue, elle fut réorganisée à partir de l’avant port de Hiers. Brouage fut ainsi fondée par Jacques de Pons en 1555 sur un ancien dépôt de lest formant un petit monticule au bord du chenal drainant les marais à l’amont.

Brouage golfe des Santons

Plan XIX° du golfe des Santons

Brouage carte coureau fin XVII°

Brouage à la pointe du chenal de Broue

Brouage plan 1570 environ

Brouage plan 1570 environ

Brouage plan 1630 BNF

Brouage plan 1630 source BNF

Compte tenu de l’importance économique du lieu, en pleines guerres de religion, les différentes parties cherchèrent à en prendre le contrôle. La même année (1576) le futur Henri IV y séjourna puis le duc de Guise (ligue catholique) s’empara de la ville pour lutter contre La Rochelle la protestante. En 1578, le roi lui donne statut de ville royale et entreprend une fortification largement inspirée des expériences italiennes qui à partir de 1540 commencent à essaimer en dehors d’Italie. Brouage devient ainsi une des premières villes de France à disposer d’une enceinte bastionnée.
Dès lors elle est une base royale contre les huguenots, surtout elle sécurise le commerce du sel, « l’or blanc » ce qui ne peut que déplaire aux rochelais qui coulent en 1586 une vingtaine d’anciens vaisseaux dans le chenal d’accès rendant l’entrée du havre hasardeuse. Cette entrée ne sera d’ailleurs jamais complètement remise en état : la sédimentation accélérée par l’obstacle limitant vite la navigabilité du chenal. Le déclin est accéléré par la mainmise du pouvoir royal sur La Rochelle retirant alors à Brouage sa fonction stratégique.

Les aménagements ultérieurs ordonnés par Richelieu, qui fut gouverneur de la place, et réalisés par d’Argencourt entre 1630 et 1640 ont là aussi plus une fonction symbolique qu’une véritable utilité militaire.

Brouage plan 1730 environ

Brouage plan de 1730 environ

Brouage plan 2

Brouage actuel

LA PLACE FORTE DE BROUAGE ET LES MARAIS

En arrière plan : le coureau ; la mer, ici à marée haute, est à 2,5km

On y exila bien Marie Mancini, une nièce de Mazarin, dont s’était épris Louis XIV alors que la raison d’Etat par la bouche de ce même Mazarin avait agencé le mariage avec l’Infante d’Espagne (Marie Thérèse d’Autriche), mais il faut bien dire que ce ne fut pas suffisant pour réveiller le dynamisme de Brouage… qui s’endormit. L’enceinte de la ville ne fut même jamais remplie.

Une renaissance aurait pu être possible : Samuel de Champlain est né vers 1570 à Brouage, il persuada le roi de financer des campagnes de colonisation de l’embouchure du Saint Laurent. Dans ce que l’on nommait alors la Nouvelle France, il fonda Québec en 1608 et prépara la création de Montréal ; pourtant c’est La Rochelle qui tira parti du flux commercial entre la métropole et le Canada.

Et si le sel était encore durant tout les XVII° et XVIII° siècles source de richesse, Brouage en avait complètement perdu la maîtrise du commerce. La ruine s’installait ; il faudra attendre 1989 pour que la ville soit classée.

Brouage carte Champlain 1612

L'estuaire du Saint Laurent et l'Acadie, carte de Champlain 1612

Brouage Champlain portrait 1870 archives Canada

Samuel de Champlain, 1570env.-1635 portrait de 1870, archives du Canada

Brouage carte Champlain 1632

La Nouvelle France, carte de Champlain 1632

Arsenal de Rochefort

C’est une création ex-nihilo voulue par le pouvoir royal pour reconstruire une flotte exsangue au début du règne de Louis XIV. Le site n’est pourtant exempt d’inconvénients : les marais compliquent l’aménagement, surtout, la profondeur limitée de la Charente obligera vite à armer les bateaux à l’extérieur. Si la région est peu boisée, la Charente donne cependant accès aux bois du Limousin et du Périgord riche par ailleurs en minerai de fer.
Mieux encore, la rade d’Aix-Oléron assure une réelle protection contre la houle et de bonnes possibilités de la verrouiller par un ensemble de forts.

Le choix final de l’emplacement fut l’objet de tractations entre les bourgs proches ; en 1666, les travaux commencent : le château de Rochefort est rasé pour créer l’arsenal. L’arsenal réunit les différents ateliers nécessaires : fonderies, forges, charpente ; un peu au nord est construite la corderie, immense bâtiment de 374 mètres de long pour toronner les filins et aussières nécessaires.
La construction navale se fait à un rythme très soutenu près de 49 navires jusqu’en1692 (entre 1689 et 1692, en trois ans, neuf vaisseaux et quinze galères sont lancés).  

Rochefort 1690 source Wikipedia

Rochefort 1690

Rochefort et la rade vue vers l'ouest

Rochefort et la rade

Sous l’impulsion de Colbert de Terron (cousin de Colbert) la ville se développe rapidement ; des remparts sont élevés à partir de 1675 suivant les plans du Chevalier de Clerville puis de l'ingénieur Ferry. L’intendant Bégon, entre 1688 et 1710, embellit considérablement la ville, généralisant les constructions et reconstructions en pierres de taille apportées par la Charente. La restauration de cet ensemble, sa mise en valeur ont valu à la ville en 1987 son classement "Ville d’Art et d’Histoire" par le ministère de la culture. La place Colbert présente un très bel ensemble d’hôtels particuliers aux remarquables ferronneries.
Au milieu du 18ème siècle, le système défensif était complet : remparts, fossés, redans et bastions entendaient protéger la ville de toute intrusion mais comme pour Le Château d’Oléron ou Saint Martin, l’enceinte ne servit pas ; en 1925, le conseil municipal, pour décorseter la ville, en décida la démolition.

Rochefort bateau en construction

Vaisseau à trois ponts en construction. Ces "monstres" peu manœuvrants ne furent jamais décisifs dans une bataille navale.

Cet arsenal est un ensemble remarquable par ses bâtiments : la corderie bien sûr mais aussi par les formes de radoub : la plus ancienne forme maçonnée au monde crée en 1669 ; une seconde en 1728, la troisième en 1861. Le lieu est aussi remarquable par les bâtiments construits : environ 350 bateaux au total parmi lesquels quelques noms émergent : en 1778 l’Hermione frégate sur laquelle La Fayette embarqua témoignant du soutien de la France aux insurgés d’Amérique (insurgés contre l’Angleterre, cela va de soi). En 1816 appareille La Méduse aux mains d’un tout jeune mais noble capitaine ; la perte du vaisseau sur grossière erreur de navigation fut immortalisé par Géricault. Le premier cuirassé à vapeur de la flotte de guerre (le Sphinx) sortit de l’arsenal en 1829. Enfin le « Plongeur », premier sous-marin français y fut construit.
1926, l’arsenal ferme.

 

Rochefort plan 1874

Rochefort, plan 1874

Rochefort entrée corderie recadré

Entrée sud de la corderie

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La corderie

Rochefort Hermione dans la cale

Grande forme de radoub

Depuis 1997  Rochefort a aussi vécu au rythme  du projet de reconstruction de l’Hermione. ce fut l'occasion de redonner vie aux superbes formes de radoub. La taille de la frégate : 44m de coque, 65m hors tout donne une idée de l'importance de la grande forme. Ce projet de reconstruction aboutit au voyage inaugural vers l’Amérique en 2015.

Rochefort Hermione

L'Hermione 11m de large, mâts de 56,5m

LES FORTS ET REDOUTES : LEUR FONCTION EST CLAIRE, PROTÉGER LA RADE.

Leur rôle est strictement militaire, il n’y a pas de ville associée, pas de territoire ou région à polariser. Bien que de taille assez réduite, ils sont pensés pour des garnisons importantes, plusieurs centaines d’hommes souvent en cas de crise. Même en temps de paix, leur importance économique et sociologique est réelle.
Commencé au XVII°s, leur réseau s’est complexifié jusqu’au milieu du XIX°. Il est possible de distinguer trois ensembles : verrouiller l’estuaire, protéger d’incursions venues du Nord par le pertuis d’Antioche, bloquer une intrusion par le pertuis de Maumusson au Sud.

Carte forts rade Oléron-Aix 2

Réseau de forts protégeant la rade.

1 - Protéger du Sud

La citadelle du Château d’Oléron existant depuis 1630, le verrou final sera constitué par le fort Louvois, construit en 1692-94 sur un banc rocheux émergeant à marée basse face au Chapus (d’où l’autre nom : Fort Chapus). L’ouvrage en fer à cheval est constitué d’un rempart de 52m de long, 12m de haut et d’un donjon de 24m. Dessiné par Vauban, il s’inspire d’un plan type avec une batterie semi – circulaire permettant de contrôler l’espace latéral sur 180 degrés et un donjon qui ferme le mur d’enceinte.
Le classement au titre des monuments historiques date de 1929 ; racheté aux Domaines en 1960 par la commune de Bourcefranc il a fait l’objet d’une campagne de restauration. On y accède à pied à marée basse par une chaussée pavée de 400m durant 3 heures en moyenne.
A marée haute, un chaland ostréicole assure une navette gratuite à partir du port du Chapus.

Louvois 1

Fort Louvois dit aussi fort Chapus

Louvois plan

Plan XVIII° de fort Louvois

ViviCam 3765

Fort Louvois vu de la mer

2 - Verrouiller l’estuaire

Ces forts sont construits très tôt : il y a urgence à partir du moment où l’arsenal commence son activité car les Anglais tout comme les Hollandais voient d’un très mauvais œil la constitution par la France d’une marine de guerre (celle que l’on a nommé la « royale », nom qui perdure encore dans certains milieux par opposition à la marine marchande, la « marmar »). Des attaques ont d’ailleurs lieu telle la catastrophique attaque anglaise par des brûlots lors de la bataille d’Aix en 1809.

Tout un ensemble de forts et redoutes est construit dès le XVII° juste à l’entrée de la Charente:

En rive droite, le fort VAUBAN de Fouras : construit à l’emplacement d’un château du XII°s pour lutter contre les invasions normandes renforcé par un donjon carré du XV°s.  Au XVII°s Vauban fait construire une enceinte bastionnée dont les remparts blindés seront finis au XVIII°s ; le fort sera ensuite transformé en SEMAPHORE.

Le fort LAPOINTE (dit aussi fort VASOU) sur la rive Nord de l’embouchure de la Charente est réalisé dès 1672. Cet ouvrage en arc de cercle fait face à Port des Barques ; il était prévu pour recevoir une garnison de 400hommes.

Le fort de l’AIGUILLE OU REDOUTE DE L’AIGUILLE là encore à Fouras, barre l’unique passage vers le Fort Vauban à partir de la mer. Cet ouvrage de forme rectangulaire (70m sur 58m) est le prototype des redoutes garde côte de Louis XIV ; c’est en même temps une des plus grandes de France. Elle se compose d’un fossé rempli par la mer 2 fois par jour, dominé par un ouvrage en terre peu élevé rendant l’ouvrage peu visible ; il fut reconstruit en pierres durant la deuxième moitié du XVIII°s.

Fouras vue aérienne 1

Fort Vauban à Fouras incorporant la tour XV°.

Fouras vue de la plage clapot

Fort Vauban dans le clapot de SW.

Sur la rive Sud de la Charente, le splendide fort LUPIN, à 4kms de l’embouchure est en état exceptionnel de conservation, la forme en arc de cercle ouvre des lignes de tir sur pratiquement 180 degrés. Il assure une double fonction : d’abord protéger la Fontaine Royale pour le ravitaillement en eau de la Flotte de Guerre à peu de distance dans son Ouest ensuite tenir sous son feu tout navire remontant la Charente. En effet le fort est à la naissance d’un méandre de la rivière nécessitant un changement d’amure imposant donc des manœuvres ; de plus à ce moment, tout le château arrière est exposé or c’est le lieu du poste de commandement. Rempart de 72 m de longueur, 3 échauguettes, 22 créneaux à canons, 1 donjon à 3 niveaux, 2 bâtiments rectangulaires pour une garnison permanente de 50 hommes.

À peine plus tard (1703), l’ensemble est complété par le fort de l’ILE MADAME; c’est une redoute en forme de carré de 36m de côté, on y accède à marée basse par « la passe aux bœufs » (1km). En voiture, le passage est possible dès mi-marée mais les possibilités de stationnement peuvent être limitées s’il y a des pêcheurs à pied (fort coefficient). À pied c’est vraiment une balade que l’on n’oublie pas.

Lupin 2

Fort Lupin en rive de l'estuaire.

Lupin entrée

Entrée de fort Lupin.

Ile Madame

Fort de l'île Madame.

3 - Protéger des incursions venue du Nord

                Le fort de la Rade sur l’ÎLE d’AIX est évidemment une pièce majeure et ceci d’autant plus que les conditions de navigation sur la Charente imposaient d’armer les gros bâtiments à l’extérieur de l’estuaire. C’est en rade d’Aix où 25 vaisseaux peuvent s’abriter que l’on arme en canons, ancres, boulets, affûts les vaisseaux.
1690 : un premier édifice de nature purement militaire est édifié, une «batterie basse»
1699 : Vauban dessine les plans du bourg sur le modèle orthogonal en vigueur (en réalité en éventail) ; ce bourg est une forme de lotissement pour les ouvriers travaillant à l’armement des navires,
1704 : le fort est construit contrôlant l’accès à la rade d’Aix. Pourtant en 1757, il est entièrement rasé par une attaque anglaise où après un combat de 53 minutes, les navires français ne pourront rien faire pour empêcher le débarquement de 6 000 hommes venus pour piller et mettre l’île à sac.

Aix fort et bourg

Pointe sud Ouest de l'île d'Aix

Aix fort Île d'Aix 1

Le fort d'Aix et l'embarcadère

Liédot île d'Aix

Fort Liédot

Enet 1

Fort Enet.

En 1778, devant une nouvelle menace de la Royal Navy, le Marquis de Montalembert construit dans l’urgence une nouvelle fortification qui sera entièrement reprise sous le Premier Empire, puis régulièrement modernisée.
Dans cette logique, l’île se couvre de redoutes, forts et fortins : le plus abouti est le fort LIÉDOT (1810-1834) : un ensemble conçu autour d’une cour carrée de 30m de côté, bastionné aux quatre angles, pouvant accueillir 5 à 600 hommes en temps de guerre.
Enfin, durant la même période sont construits le rempart bastionné du village (1860) ainsi que les batteries côtières de Coudepont, Bois Joly, Tridoux, et Jamblet.
                Pour parachever la protection de la baie, le fort ENET a été bâti en 1810-1812 entre la pointe de la Fumée de Fouras et l’île d’Aix sur une base rocheuse accessible à marée basse par une passe de 1,8km. C’est un ouvrage semi-circulaire de 35m avec un bastion triangulaire entièrement casematé.

Sur l’ÎLE d’OLÉRON le fort des SAUMONARDS n’a qu’une valeur militaire limitée (ce n’est qu’entre 1850 à 1855 que l'ouvrage sera « durci » C’est une faiblesse d’autant plus grande que les tirs des canons ne couvent pas la totalité du bras d’eau entre Oléron et Aix.

Le souhait d’établir un fort sur un haut fond, la longe de Boyard connue depuis la fin du XVI° sous le nom de « banc de Hollandais » été étudié par Vauban qui après sondages, rend au Roi un avis définitif « Sire, il serait plus facile de saisir la Lune avec les dents que de tenter en cet endroit pareille besogne ! »
1757, après le drame de l’île d’Aix, le projet d’un fort refait surface. Il faut attendre 1802 : réapparaît l’idée d’un fort à deux niveaux en forme d’anneau.

Ce sera le fort BOYARD .

Boyard- plan 1

Fort Boyard : plan avec projet d'éperon et port au Sud.

Boyard plan coupe de 1854 état prévu pour 1856

Fort Boyard plan en coupe de 1854.

À partir de 1804, ce sont plusieurs dizaines de milliers de m³ de pierres et blocs qui sont amenés pour constituer une assise mais le combat naval d’Aix et sa calamiteuse conclusion par les brûlots enterre provisoirement le projet.
Qui renaît à partir de 1837 : l’assise s’est tassée mais aussi stabilisée, de très gros blocs de 7 à 15 m³viennent la ceinturer ; en 1847, l’assise émerge. Puis tout va vite : 1852 : Le rez-de-chaussée du fort est entièrement construit.
1857 : Fin de la construction du gros-œuvre. Garnison prévue : 250 hommes
1859 : Après les aménagements à l’intérieur du fort, les premiers canons sont d’ores et déjà implantés.
Décision est alors prise de construire un brise-lame et un havre d’abordage. Il s’agit d’une muraille 20 mètres à l’avant du fort, en forme de chevron avec une ouverture à 120°. Pour le havre, deux jetées de 22 mètres de long et 4 mètres d’épaisseur sont prévues au Sud, à l’abri de la masse du fort.

Boyard  carte ancienne avec port

Carte postale vers 1900 : port et éperon sont encore en bon état.

Boyard avant la plate forme

Vue antérieure à 1970, l'éperon est en voie de démolition. On distingue l'escalier donnant accès au fort.

A peine construit, le fort est pourtant obsolète : la rayure des canons a considérablement amélioré la précision, la portée aussi ; le fort n’a plus de justification. Reconnaître un tel gaspillage, le manque de lucidité n’est certainement pas facile, alors, on arme le fort avec des canons eux aussi obsolètes en laissant une garnison squelettique, bien moins que symbolique et le temps passera jusqu’à l’oubli ou quasi.
L’Etat se désengagera au milieu du XX° siècle, finira par vendre le bâtiment en 1962 à un particulier qui l’occupera de façon sporadique jusque vers 1970.
Le fort est utilisé pour le tournage du film Les Aventuriers avec A Delon et L Ventura en 1966. En 1981, le tournage de l’émission La Chasse au Trésor amorcera un virage décisif ; le fort est vendu en 1988 à la société de production qui le rétrocède pour 1€ au Conseil Général de la Charente Maritime qui se chargera de l’entretien.
C’est alors l’aventure d’un tout autre « Fort Boyard » qui à ce moment démarre... Première émission en 1990.

Pour tous les détails le site : http://www.fan-fortboyard.fr/pages/fort/histoire-du-fort-boyard.html
est particulièrement riche de renseignements, de photos.

Boyard intérieur avant restauration

Vue intérieure avant restauration.

Boyard coup de mer

Houle venant du NW, du pertuis d'Antioche.

Boyard avec la plate forme

Fort Boyard restauré avec la plate forme d'accès pour les besoins de l'émission éponyme.