Pêcher intelligent, pêcher durablement

Un environnement prodigieusement riche : diversité est le mot-clé : diversité des milieux, diversité des espèces, diversité des pêches mais unicité d’une culture.
Phénoménale complémentarité des milieux :
Toute une façade et deux ouvertures majeures sur l’océan : la côte ouest sur près de 30 km offre à la puissance d’une houle atlantique intacte une côte sableuse au Sud, rocheuse au Nord. A l’inverse, face au continent, la côte sous le vent est abritée ; la rade entre Oléron l’île d’Aix et le continent a d’ailleurs servi de havre à la flotte de guerre jusqu’au XIX° siècle. Dans cet abri, les éléments fins vases et sables mélangés, s’accumulent, colmatent les baies, le clapot brasse les sédiments apportés par les fleuves. Tout au fond, l’homme a drainé, récupéré les terres dès que la mer ne les recouvrait plus trop souvent ; marais salants, marais doux ensuite au fur et à mesure que le trait de côte reculait.
Avec les apports d’eau douce de la Seuldre et de la Charente, le coureau est un milieu très particulier : salinité atténuée, richesse des nutriments, chaleur des eaux dès le printemps lorsque la mer remonte sur un estran qui a emmagasiné le soleil.
Le coureau d’Oléron et les Pertuis (Antioche au Nord et Maumusson au Sud) sont une formidable écloserie et une nourrisserie majeure pour les juvéniles.
Soles, seiches, sardines, céteaux et bars viennent se reproduire à proximité immédiate de l’île et très vite les alevins démarrent leur croissance dans ces eaux nourricières, dans les estuaires.
C’est aussi un lieu essentiel pour les coquillages : avec Arcachon, c’est la seule zone en France réellement productrice de naissain d’huîtres ; l’apport d’eau douce est ici fondamental. La palourde est aussi omniprésente dans les vases du coureau alors que la coque préfère le sable. Coquilles saint jacques et pétoncle constituent par ailleurs des gisements naturels référencés.
Dès les premières occupations par l’homme, la mer fut nourricière
A La Perroche, sur la côte Ouest, les coquilles (coques essentiellement) constituent des couches de 20 cm à 1 mètre d’épaisseur ; au sud de la Rochelle à Aytré existent des monticules de coquilles d’huîtres tandis qu’au Nord de la baie de l’Aiguillon ces mêmes coquilles ont servi à construire au Néolithique des « collines » de plusieurs dizaines de mètres de longueur ce qui représente de l’ordre de 5 milliards d’individus.
– Plus près de nous, les écluses à poissons sont une remarquable et ancienne originalité de la côte charentaise : a l’époque de Louis XIV, un édit royal leur impose un balisage côté large. Sur l’île d’Oléron, on en comptait 237 en 1870 ; il n’en reste que 14 actives aujourd’hui.
Croquis

Le principe est de retenir le poisson derrière un mur courbe, en forme de fer à cheval ouvert côté plage ; ce mur, submergé à marée haute, crée une zone relativement abritée dans laquelle les poissons s’aventurent.
Au jusant, l’eau est évacuée par des ouvertures munies de grilles et seules quelques mares soigneusement entretenues permettent aux poissons piégés de se réfugier ; interviennent alors les amodiataires de l’écluse qui les récupèrent. Les petits poissons attendent dans les mares que la mer remonte. Les éclusiers regroupés en une association entretiennent l’ouvrage et se répartissent les moments de pêche en fonction des coefficients, périodes, jours ou nuits.
– La pêche à pied a été jusqu’il y a peu une activité vivrière essentielle ; la pratique récréative aujourd’hui permet de faire vivre les savoirs faire à forte charge symbolique.
Les crustacés d’abord dans les zones rocheuses : étrilles (bataillers), tourteaux (dormeurs), araignées (gourgales) ; le homard est plutôt rare mais encore trouvable aux plus forts coefficients tout comme la crevette grise (bouq) ou la crevette rose (bouquet lorsqu’elle est de belle taille).
Et les coquillages bien sûr.
Huîtres évidemment plates puis creuses, palourdes , coques (sourdons), couteaux (coutelets), donaces (luisettes), moules et pétoncles sont toujours pêchés mais pour que ce plaisir soit durable, il faut connaître et respecter les « bonnes pratique ».
Les bonnes pratiques sont vitales pour permettre la durabilité de la pêche de loisir.
1 – Bonnes pratiques quant aux prises :
– Pour la plupart des espèces, des tailles minimales de capture ont été définies appuyées sur les connaissances des scientifiques quant à l’âge (la taille) assurant au moins un cycle de reproduction. Pêcher « sous maille », c’est interdire la possibilité d’une descendance.
– Ne pas dépasser les quantités maximales autorisées. Mieux : pêcher pour un seul repas et revenir plus tard.
– Pêcher au bon moment :
C’est-à-dire respecter les périodes officielles d’ « ouverture » ; le reste du temps l’animal est probablement en phase de reproduction. Parfois c’est un simple conseil de locaux, tout simplement parce que l’animal n’a aucune valeur culinaire en dehors de certaines périodes. Ainsi les étrilles, les oursins ou les couteaux sont à pêcher du mois de novembre au mois d’avril, ce qui n’est pas formidable pour les estivants. Par contre les palourdes sont au mieux en été, de début juin au 15 août, même chose pour les coques, ; ce qui est déjà mieux.
2 – Bonnes pratiques quant à l’action, la méthode de pêche :
– Respecter les zones interdites : ce sont soit des réserves (par exemple la réserve de Moëze-Oléron), soit des interdictions pour raisons sanitaires (c’est le cas pour les ports et les chenaux, de même à proximité des concentrations humaines). Enfin il est interdit de pêcher à moins de25m des installations ostréicoles.
– Utiliser des engins ou outils de pêche autorisés. Attention, d’une région à l’autre ces règlements sont variables, renseignez-vous auprès des offices de tourisme, mairies, associations de pêcheurs plaisanciers, de la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer).
– Ne pas bouleverser l’estran : remettre les pierres dans leur position d’origine après les avoir soulevées, ne pas piétiner –ou le moins possible- les herbiers de zostères (ces sortes d’herbes fines couvrant les vases en été), ne pas détruire les massifs d’hermelles (des vers qui, en agglomérant du sable, constituent des colonies de « fleurs » sableuses construites sur des zones rocheuses). Il est aussi très vivement recommandé de ne pas labourer le sédiment à la recherche des palourdes : on pêche beaucoup mieux « au trou », c’est à dire en repérant les marques laissés par les siphons. Si la vase est assez souple, il suffit de plonger un doigt et l’on sait tout de suite si le coquillage est trop petit ou s’il vaut de le sortir pour en évaluer ou mesurer la taille. Si c’est trop petit, on réenfouit dans le sédiment.
3 – Bonnes pratiques dans l’utilisation des prises :
– La pêche de loisir n’est autorisée que pour une consommation familiale : elle doit correspondre à ce qu’il est possible de consommer en un repas. La vente est donc strictement interdite ; même la distribution aux amis et voisins n’est en théorie pas autorisée.
– Nombre de produits de la mer sont fragiles, particulièrement en été ; la conservation dans un réfrigérateur ne devrait pas excéder 24 heures. Les coques sont particulièrement sensibles au manque d’oxygène qu’elles ne peuvent puiser que dans l’eau.
– Apprendre à préparer les produits de la pêche. Les poissons doivent être marqués (une partie de la nageoire caudale est coupée) et vidés sitôt pêchés : c’est particulièrement vrai pour les tacauds et les maquereaux qui ne trouvent toute leur saveur qu’à cette condition. Les coquillages doivent dégorger c’est-à-dire qu’ils doivent être mis quelque temps dans de l’eau de mer claire pour recracher vase ou sable qu’ils peuvent contenir. Les coques ou les donaces nécessitent tout particulièrement ce traitement mais attention, les coques meurent très vite par manque d’oxygène : deux passages dans l’eau de moins de 1 heure seront suffisants. Si en été vous les oubliez durant une nuit entière dans l’eau de dégorgeage, votre pêche sera probablement perdue, morte par anoxie.
Pour les recettes, la littérature n’est pas chiche et les locaux se feront un plaisir de vous renseigner.
‘4 – Et peut-être la bonne pratique fondamentale : être marin c’est-à-dire assurer sa sécurité.
– Une imprudence peut se payer très cher mais elle peut aussi mettre en danger la vie de personnes qui se porteront à votre secours. Les bénévoles de la SNSM ne sont pas là pour récupérer un imprudent (même s’ils le font) mais pour faire face aux fortunes de mer. C’est un autre registre.
– Se renseigner des dangers potentiels dans telle ou telle zone : il existe en certains endroits des poches de vase profondes, invisibles dont il est très difficile de s’extraire seul. A d’autres endroits c’est telle ou telle pointe qui peut se trouver très vite isolée dès que la mer monte, soumise alors au courant et à la houle…
Ne pas partir seul si l’on ne connait pas suffisamment les lieux. Toujours prévenir du lieu prévu de pêche et de l’heure prévue de retour. Bien sûr connaître les horaires de marée, avoir une montre et une boussole s’il y a risque de brouillard. La liste des conseils pourrait être longue mais il s’agit avant tout de bon sens, de sens marin, de sens des responsabilités car à la moindre blessure, le milieu devient terriblement agressif.

Quant à la pêche des poissons, ce site n’est certainement pas une référence majeure : ma pratique est modeste et s’appuie beaucoup sur les remarques et observations de mes amis, eux-mêmes plus volontiers pêcheurs en bateau…
Sur la côte ouest, là où la mer déferle, c’est à dire sur les rochers, à partir d’écluses démolies, les bars sont à l’affût. Au leurre souple ou à l’appât naturel, les prises peuvent être superbes (maille du bar : 42cm).
Mais c’est la pêche au surfcasting qui est le plus souvent pratiquée ; les espèces espérées sont la sole, le maigre surtout, plus rarement le baliste. Les pointes de Gatseau et des Saumonards sont particulièrement fréquentées. Dans les zones plus calmes côté continent, anguilles et dorades grises ou royales représentent l’essentiel des prises.
Tout est alors question de taille et de disponibilité côté poisson ; d’un peu de chance côté pêcheur.